Valve a retiré le jeu de cartes Flick Solitaire de la version russe de Steam suite à une injonction du censeur d'État Roskomnadzor. Accusé de promouvoir des thématiques LGBTQ+, le titre a été bloqué sans appel par la firme de Gabe Newell, contrairement à Apple et Google qui maintiennent sa distribution.
La censure russe vient de frapper à nouveau dans l'industrie du jeu vidéo, et cette fois,
c'est Valve qui se retrouve au centre de la controverse pour sa gestion expéditive du dossier. Le jeu concerné, Flick Solitaire, est une collection de variantes du célèbre jeu de cartes, distinguée par des contrôles tactiles fluides et, surtout, par des
decks artistiques somptueux créés par des artistes indépendants.
Parmi ces créations, on trouve des thématiques ouvertement queer, comme le deck «
Queer Chameleon » d'Amee Wilson ou le «
Drag Deck » d'Ollie T. C'est précisément ce contenu qui a attiré les foudres de Roskomnadzor, le service fédéral de supervision des communications, des technologies de l'information et des médias de masse.
Une réaction immédiate de Valve face aux exigences russes
Selon les informations rapportées,
Roskomnadzor a contacté Valve, mais aussi Apple et Google, pour exiger le retrait du jeu au motif qu'il violait la loi fédérale interdisant la «
promotion de sexualités non traditionnelles ». Si le jeu est sorti sur mobile en juin 2020 et en accès anticipé sur Steam le 1
er octobre 2025, la réaction des différentes plateformes a été radicalement opposée. Alors que Google n'a pas répondu et qu'Apple a assuré aux développeurs que leur statut n'était pas menacé,
Valve a immédiatement bloqué l'accès au jeu pour les utilisateurs russes.
Pire encore, la société de Gabe Newell a adressé une missive aux développeurs de Flick Games, non pas pour les soutenir, mais pour les réprimander.
Dans un message relayé par le Video Games Industry Memo, Valve écrit :
Votre jeu, FLICK SOLITAIRE, a été jugé par Roskomnadzor comme étant en violation des exigences russes en matière de distribution. Nous avons ajouté une restriction géographique au jeu afin qu'il n'apparaisse plus en Russie.
Nous tenons également à vous rappeler que vous avez promis à Valve, dans le cadre de l'accord de distribution Steam, que votre jeu respectait toutes les lois applicables. Par conséquent, il est de votre responsabilité de faire preuve de diligence raisonnable concernant les territoires où votre jeu est autorisé à être distribué, et de nous informer de tout territoire où il ne peut l'être.
Un deux poids, deux mesures inquiétant
Cette décision unilatérale, prise sans offrir aux développeurs la possibilité de contester, s'inscrit dans un contexte particulier. Flick Games avait déjà pris l'initiative de «
démonétiser » le jeu pour les joueurs russes suite à l'invasion de l'Ukraine en février 2022, afin de ne générer aucun revenu pour l'État agresseur. Cependant, Steam ne permettait pas aux développeurs de bloquer totalement l'accès aux détenteurs de clés tierces ou aux crédits magasins.
L'attitude de Valve soulève des questions sur sa politique de conformité face aux régimes autoritaires. La société affiche pourtant un soutien de façade à la communauté LGBTQ+, notamment via des tags dédiés sur sa boutique et des événements promotionnels. Pourtant, dans les faits, l'entreprise semble prompte à céder aux demandes de censure, comme elle l'a déjà fait par le passé en Chine avec une version épurée de Steam, ou lors du retrait du jeu d'horreur taïwanais Devotion qui contenait une moquerie envers Xi Jinping.
La répression s'intensifie en Russie
Il est important de rappeler le climat hostile qui règne actuellement en Russie pour les personnes queer. Depuis décembre 2022, Vladimir Poutine a durci la législation, interdisant toute expression publique des identités LGBT, qualifiée de «
propagande ». Les droits des personnes transgenres ont été drastiquement réduits, rendant illégal le changement de genre à l'état civil ou l'accès aux soins de transition.
En se pliant aussi rapidement aux injonctions de Roskomnadzor sans défendre ses partenaires créatifs, Valve envoie un signal inquiétant à l'industrie : la conformité administrative prime désormais sur la liberté artistique et la protection des développeurs marginalisés.
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