Le marché des loot-box est l'une des principales sources de revenus des éditeurs des jeux comme CS:GO, Overwatch, League of Legends ou Rocket League. Mais ce marché va prochainement voir une évolution majeure arriver : les éditeurs seront bientôt forcés d'afficher les taux de drop des objets sur leur site officiel.
En décembre de l'année dernière,
le ministère de la Culture chinois a décidé de manière inattendue d'apporter un changement fondamental à la manière dont fonctionne la méthode de monétisation la plus récente et la plus populaire au monde :
les loot-box. Par conséquent,
à partir du 1er mai, soit dans quelques jours seulement, si vous vendez une boîte de butin, un coffre, une caisse, un récipient, un pot de chambre ou tout autre distributeur d'articles aléatoires (rayez les mentions inutiles) en Chine,
les chances de chaque objet d'être gagné doivent être publiques. La question est :
que vont faire les développeurs ?Dans le cas où vous vous le demanderiez,
«ne rien faire» n'est tout simplement pas une option. Daniel Ahmad, analyste chez Niko Partners et expert sur l'industrie du jeu chinois, affirme que
«les entreprises n'ont pas beaucoup de choix quand il s'agit de suivre ces règlements».
Il n'y a donc aucun moyen que le gouvernement chinois se montre souple, soit.
Le ministère de la Culture effectue des contrôles pour s'assurer que les entreprises suivent les règles. Ils ont récemment effectué un contrôle aléatoire sur 200 opérateurs de jeux et ont constaté que 36 d'entre eux fonctionnaient avec des contenus illégaux tels que de la pornographie et du pari, ainsi que des contenus incriminants mettant en avant une "moralité sociale offensante". Le ministère a donc exhorté les 36 opérateurs de jeux à coopérer avec le gouvernement pour apprendre de leurs erreurs.
- Daniel Ahmad, analyste chez Niko Partners et expert sur l'industrie du jeu chinois

Du côté des éditeurs,
pas encore beaucoup de réactions ni d'actions suite à cette annonce.
«Jusqu'à présent, il n'y a pas eu beaucoup de réactions», poursuit Ahmad.
«Toutes les grandes entreprises vont dires qu'elles travaillent pour mettre en oeuvre ces règlements».
Le directeur de l'exploitation de Hi-Rez,
Todd Harris, du studio éditeurs de
Smite et
Paladins, deux jeux utilisant un système de butin par loot, déclare :
«Nous sommes ravis de travailler avec Tencent comme éditeur de Smite, et très bientôt Paladins, pour le marché chinois. Nous travaillons activement avec Tencent pour comprendre les nouvelles réglementations du marché chinois afin que nous puissions être conformes». Les autres grandes entreprises concernées - comme
Psyonix, Blizzard, Valve, Riot et Trion - n'ont pour le moment
rien annoncé sur le sujet lorsqu'ils ont été contacté.
Tencent, pour ceux qui ne s'intéressent pas à l'industrie du jeu vidéo,
publie des dizaines de jeux en Chine et possède une action majoritaire dans les jeux indépendants de Riot Games. Au moment de l'écriture de cet article, seul le FPS asiatique
Crossfire est déjà conforme aux nouvelles réglementations chinoises. On peut supposer que les jeux avec des systèmes plus complexes (comme League of Legends, Overrwatch ou CS:GO)
publieront des informations dans les prochains jours.
Il n'y a pas d'autres alternatives que coopérer pour les entreprises qui cherchent à éviter de rendre publiques de telles informations sur l'une de leurs principales sources de revenus.
Les statistiques ne peuvent pas être simplement envoyées au ministère de la Culture et gardées privées, car elles doivent être rendues publiques
via le site officiel du jeu. Et en ce qui concerne
un potentiel retrait du marché chinois pour le jeu ? «Cela n'en vaut vraiment pas la peine» d'après Ahmad.
La Chine est un marché trop important pour être ignoré et il convient de noter que ce règlement n'aura probablement pas d'impact énorme car ceux qui dépensent ont généralement tendance à acheter jusqu'à ce qu'ils obtiennent l'objet convoité. Donc même avec un faible taux de loot, cela ne les empêchera pas de dépenser leur argent.
- Daniel Ahmad, analyste chez Niko Partners et expert sur l'industrie du jeu chinois
D'autres sont plutôt d'accord avec ce raisonnement, comme
Andy Griffiths, responsable de la communication de Freejam, l'éditeur à l'origine du jeu Robocraft. Bien que ce FPS asiatique ne soit pas disponible en Chine, Freejam aimerait l'y introduire :
«La Chine est un marché énorme pour les jeux, et entrer dans ce marché comporte des défis considérables. Ne pas intégrer ce marché pour quelques taux de loot n'est pas quelque chose que nous envisageons».
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Fondamentalement, bien que le taux de drop d'un couteau sur CS:GO ou du dernier skin de D-VA soit une information fascinante,
cela ne changera pas grand-chose pour les joueurs. Connaître les chances d'obtentions d'un objet n'empêchera pas la majorité d'entre eux (on estime à 1,3 milliard le nombre de personnes susceptibles d'acheter des loot-box)
de continuer à dépenser de l'argent pour ces caisses.
Révéler le taux de loot des caisses est en fin de compte meilleur pour les joueurs car ils auront une idée claire de ce qu'ils achètent. Cela ne pourra que les inciter à en acheter. En ce moment, il y a beaucoup de confusion entre les joueurs et les développeurs sur les taux de loot pour les loot-box
- Andy Griffiths, responsable de la communication de Freejam
Une façon possible de contourner le problème serait
d'avoir des taux différents suivant les régions. Après tout, le gouvernement chinois ne devrait pas être trop dérangé si les joueurs de Paris ont plus ou moins de légendaires que ceux de Pékin,
ils veulent simplement que les chinois achètent ces caisses en ayant connaissance de leurs chances. Les versions chinoises des jeux Occidentaux ou Américains doivent déjà être modifiées par leurs éditeurs pour respecter diverses règles et respecter la culture différente,
donc cette possibilité n'est pas à exclure. Interrogé, Ahmad pense que cela est possible,
mais peu probable.
Cela dépendra du jeu. Nous pourrions certainement voir des entreprises changer les chances en Chine, étant donné que les jeux sont bloqués par région. De manière générale, je ne m'attends pas à beaucoup de changements. Certains autres pays, y compris le Japon, ont des règlements similaires concernant les taux de loot pour certains jeux.
- Daniel Ahmad, analyste chez Niko Partners et expert sur l'industrie du jeu chinois
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Bien que la date butoir du gouvernement chinois soit fixée au 1er mai,
cela ne sera évidemment pas un événement ponctuel : il y a des modifications de formules, des types de caisses supplémentaires, de nouvelles caisses, des changements divers et variés, tout cela est à revoir par les éditeurs. Mais il ne faut pas s'y tromper,
ce n'est qu'une question de temps avant que tous les éditeurs ne plient.
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