Bruce Straley, co-créateur de The Last of Us, ne mâche pas ses mots concernant l'intelligence artificielle générative. Alors qu'il présente son nouveau jeu, il explique pourquoi cette technologie ne remplacera jamais la touche humaine et pourquoi le prompting n'est pas de l'art à ses yeux.
Alors que des géants de l'industrie comme Microsoft, Ubisoft ou Electronic Arts investissent massivement dans l'intelligence artificielle générative, certaines voix influentes s'élèvent pour dénoncer cette course technologique. C'est le cas de
Bruce Straley, figure emblématique
ayant co-dirigé The Last of Us chez Naughty Dog avant de fonder son propre studio indépendant, Wildflower Interactive. À l'occasion de la présentation de son nouveau titre,
Coven of the Chicken Foot, le créateur a exprimé un avis tranché et sans concession sur l'utilisation de l'IA dans le développement de jeux vidéo.
Une technologie qui tourne en rond
Pour Bruce Straley, l'intelligence artificielle générative souffre d'un défaut fondamental :
son incapacité à créer véritablement. Selon lui, ces outils se contentent de recycler ce qui existe déjà sans apporter de valeur ajoutée intellectuelle ou émotionnelle. Il compare d'ailleurs le processus à une boucle stérile.
C'est un serpent qui se mord la queue. Elle ne peut pas grandir et penser par elle-même, elle ne fait que consommer et essayer d'imiter ce qu'elle a consommé. C'est le mieux qu'elle puisse faire à l'heure actuelle.
Cette critique intervient alors que Straley détaille les mécaniques de son prochain jeu d'aventure mettant en scène une sorcière âgée.
Le titre intègre un compagnon très réactif, capable d'observer le joueur et d'apprendre tel un enfant en bas âge. Une prouesse technique qui, insiste-t-il, n'a recours à aucun outil génératif moderne, mais repose sur du game design traditionnel et artisanal.
La confusion autour du terme IA
L'essor médiatique des LLM (grands modèles de langage) et de l'IA générative a complexifié la communication pour les développeurs. Historiquement, le terme «
IA » dans le jeu vidéo désigne les scripts et comportements des personnages non-joueurs (PNJ). Aujourd'hui, Straley déplore la difficulté d'expliquer son travail sans qu'il soit associé à tort à ces nouvelles technologies controversées.
C'est difficile de présenter le concept de cette créature, car dans mon monde, les PNJ sont de l'IA. [...] Maintenant, on ne peut plus dire ça, car si quelqu'un a une opinion sur l'IA, je ne peux plus appeler cette créature le compagnon IA le plus avancé. Les gens vont penser que nous avons fait du machine learning. Non, nous n'avons rien fait de tout cela.
Pour le créateur, la magie réside dans l'imperfection humaine, comparable à de la poterie artisanale qui garde les traces du four. Il rejette l'idée de lisser ces aspérités par des algorithmes.
Une position philosophique radicale
Si d'autres studios comme Embark Studios, avec Arc Raiders, ou NetEase embrassent pleinement cette technologie pour dynamiser leurs PNJ, Bruce Straley reste inflexible. Son rejet n'est pas seulement technique, il est philosophique. Même si l'IA pouvait produire des résultats convaincants à partir de données créées par des humains, le résultat final ne l'intéresse pas.
Je n'ai aucun intérêt à regarder de l'art généré par un ordinateur. Je ne pense pas que le prompting soit de l'art.
Il conclut son propos en rappelant la complexité du cerveau humain, fruit de millions d'années d'évolution,
qu'aucune puissance de calcul actuelle ne parvient à égaler en termes de créativité et de sensibilité. Pour Straley, l'avenir du jeu vidéo ne doit pas passer par l'automatisation de la création artistique.
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