Dévoilé en 2020, Pragmata aura mis du temps à revenir vers nous. Capcom souhaitait nous offrir avec cette licence inédite un tout nouveau genre de jeu, original, mais qui pourrait rebuter par son approche du combat. Nous avons eu l'occasion de le découvrir en long et en large et voici notre avis, toujours garanti sans aucun spoiler.
Six ans. C'est le temps qu'il aura fallu pour que le silence radio de Capcom ne se transforme en une symphonie spatiale concrète. Dévoilé en 2020,
Pragmata a longtemps porté l'étiquette d'arlésienne, un projet mystérieux dont on craignait l'annulation.
Pourtant, le titre est là, bien réel, porté par le duo Hugh et Diana. Loin des mondes ouverts tentaculaires et sans âme, l'éditeur japonais nous livre une expérience concentrée, nerveuse, et surtout dotée d'un game design à la Capcom qui fait mouche à tous les étages.
Un simulacre lunaire entre mélancolie et ingéniosité architecturale
Dès les premières minutes,
Pragmata impose une identité visuelle forte. Oubliez les paysages gris et poussiéreux de la Lune tels qu'on les imagine traditionnellement, Capcom nous projette dans une station lunaire qui agit comme un « simulacre terrestre ». On traverse des biomes variés au fil de l'aventure qui nous font oublier notre condition de naufragés de l'espace, d'un New York refait à une forêt, en passant par des zones en intérieur, le RE Engine fait des merveilles pour retranscrire une atmosphère de solitude absolue.
Cette ambiance, bien que loin d'être révolutionnaire sur le papier, brille par sa cohérence.
On sent que chaque zone a été pensée pour raconter une histoire silencieuse, celle d'une colonie qui a tenté de recréer la Terre avant de sombrer. La découverte reste fluide, et nous oublions systématiquement lorsque nous sommes dans ces zones que rien n'est réel.
L'exploration est le véritable moteur de la curiosité. Capcom a opté pour une structure qui encourage le joueur à fouiller chaque recoin sans jamais le perdre dans des dédales inutiles. On ne subit pas le poids de quêtes secondaires génériques, puisqu'elles sont tout simplement absentes, comme Capcom nous le propose sur Resident Evil par exemple. Ici, l'exploration sert directement votre puissance. Trouver un coffre caché derrière une paroi destructible ou dénicher un terminal de données n'est pas une simple coche sur une liste,
c'est une étape nécessaire pour optimiser votre équipement avant le prochain pic de difficulté.
Notons néanmoins que Diana a une tendance un peu trop forte à nous dire quoi faire. Si cela peut être utile lorsque nous sommes bloqués, certains de ses commentaires semblent trop rapides voire évidents.
La science du combat avec une dualité entre force brute et hacking
C'est ici que Pragmata se distingue de la masse.
Le gameplay ne se contente pas d'être un énième jeu d'action à la troisième personne, il repose sur une dualité permanente entre Hugh, l'humain en armure, et Diana, l'androïde Pragmata. Ce système de combat en deux temps est
le véritable cœur nucléaire de l'expérience.
L'arsenal évolutif et la gestion de la menace avec Hugh
Sous les traits de Hugh, les sensations de combat sont lourdes, impactantes et viscérales. On retrouve la patte Capcom dans la gestion des poids et des collisions. Votre pistolet de départ n'est qu'un amuse-bouche, une solution de fortune qui devient rapidement obsolète face à la résistance croissante des machines ennemies.
Le terrain devient votre meilleur allié.
Pragmata introduit des armes rouges et vertes, des équipements spéciaux que l'on ramasse en plein combat pour inverser le rapport de force, à utiliser au bon moment pour les rendre plus puissantes. Mais le dynamisme ne s'arrête pas là, la mobilité de Hugh évolue. Au fil du jeu, vous débloquez des dashs supplémentaires et des capacités d'esquive aérienne qui transforment les combats en un véritable ballet high-tech. La gestion de l'environnement est également primordiale, vous pourrez parfois le retourner contre ces ennemis et tout cela fait partie de la courbe d'apprentissage.
L'arme tactique et le hacking en temps réel avec Diana
Si Hugh est le marteau, Diana est le scalpel. L'erreur fondamentale serait de considérer Diana comme une simple compagnie sans importance. En réalité,
elle est votre processeur tactique. Le système de hacking de Diana est intégré de manière organique aux affrontements. Pour terrasser les adversaires les plus coriaces, il est impératif d'utiliser ses facultés uniques en réfléchissant bien.
Pendant que vous gérez les assauts physiques avec Hugh, vous devez déclencher les interventions de Diana via des mini-jeux de hacking ultra-rapides. Ces phases permettent de désactiver les boucliers, perturber ces robots qui infligeront des dégâts aux autres, augmenter vos dégâts, les faire surchauffer... bref autant de possibilités que vous pourrez personnaliser selon vos envies, ou l'ennemi que vous aurez en face de vous.
Cette mécanique exige, certes, une réactivité et une précision de chaque instant, mais permet de nous garder en alerte tout au long de l'aventure. Au début, jongler entre les tirs de Hugh et le hacking de Diana peut sembler déroutant, voire confus.
Mais Capcom a soigné l'ajustement : après quelques heures, la coordination devient une seconde nature. On finit par « voir » le combat en deux dimensions simultanées, une prouesse de game design qui rend chaque victoire extrêmement satisfaisante.
Les affrontements contre les Boss, le Graal final
Les boss sont, sans surprise,
les moments les plus marquants de l'aventure. Ils représentent l'aboutissement de toutes les mécaniques apprises ou débloquées dans la zone actuelle. Ici, bourriner ne sert à rien. Chaque boss est un puzzle géant qu'il faut décrypter. Il faut apprendre leurs patterns, savoir quand esquiver avec Hugh et quand envoyer Diana pirater un module spécifique du boss pour créer une fenêtre d'ouverture, et même quand utiliser certaines armes pour maximiser leur impact.
Si un boss vous semble insurmontable, c'est généralement que votre équipement ou vos statistiques ne sont pas encore au niveau.
C'est là que la structure de rejouabilité de Pragmata prend tout son sens. Retourner dans une zone précédente n'est jamais une punition, mais une opportunité de débloquer de nouvelles compétences (comme un dash plus long ou une visualisation des collectibles) qui vous permettront de revenir face au boss avec un avantage décisif.
Le Hub Central, le sanctuaire du progrès
C'est d'ailleurs ici, entre chaque mission, et le retour au hub central que vous améliorerez votre personnage. Ce Refuge n'est pas seulement un endroit pour changer l'apparence de son personnage ou choisir le niveau et son arsenal,
c'est le poumon de votre aventure. C'est ici que la dimension RPG de Pragmata s'exprime pleinement en profitant de tout ce qui a été récolté ou débloqué.
La personnalisation de l'arsenal de Hugh et des fonctions de Diana est un aspect primordial qu'il ne faut surtout pas négliger. En dépensant la monnaie récupérée en explorant ou tuant les ennemis et en utilisant des ressources rares,
vous modifiez radicalement votre manière de jouer. Vous pouvez choisir de privilégier la puissance de feu brute, d'améliorer la vitesse d'exécution du hacking de Diana, ou de renforcer vos capacités de survie avec des options de soin plus performantes.
Le Refuge propose également des mini-jeux dédiés à l'entraînement. Ces derniers permettent de se familiariser avec les subtilités du gameplay, comme les bonus de hacking à bien gérer ou l'utilisation optimale des armes bonus trouvées sur le terrain, toujours dans le but de débloquer des récompenses, et être plus puissant. C'est aussi un espace de narration environnementale et relationnelle. On y approfondit sa relation avec Diana en lui offrant des présents. Si l'on pouvait craindre que le comportement d'une enfant androïde posant sans cesse des questions soit barbant, le résultat est inverse,
le duo devient réellement attachant, leur complémentarité dépassant le simple cadre des statistiques de combat.
La boucle de progression devient une addiction
Ce qui rend Pragmata si amusant, c'est sa fluidité de progression. Mourir n'est jamais un Game Over définitif, mais un signal qu'il est temps de retourner au Refuge pour s'améliorer. Ce cycle de « combat - récolte - amélioration - retour au combat » est d'une efficacité redoutable et permet de rythmer l'aventure sans trop passer par des moments d'égarement.
On ressent une véritable satisfaction à revenir dans une section autrefois verrouillée avec une nouvelle capacité de Hugh. Ce qui était un obstacle infranchissable devient un secret à portée de main. La sensation de montée en puissance est palpable avec des ennemis qui vous posaient problème au début deviennent de simples formalités une fois vos combos débloqués et votre hacking fluidifié.
L'exploration, bien que limitée par le format non ouvert du jeu, est un modèle de construction.
Capcom prouve qu'un monde bien construit, qui pousse à la curiosité sans jamais perdre le joueur dans des tâches superflues, vaut bien mieux que des kilomètres de vide. On progresse sans temps mort, guidé par une narration qui avance par l'action et la découverte visuelle plutôt que par de longs monologues explicatifs.
Pour autant, il serait injuste de réduire le titre à une simple démonstration technique. Si la trame narrative principale reste classique dans son exécution,
elle n'en demeure pas moins intéressante pour les joueurs en quête d'une intrigue cohérente et porteuse de sens. La véritable force de Pragmata réside dans son lore, d'une richesse insoupçonnée. C'est en fouillant chaque recoin de la station et en analysant les vestiges du passé que l'on assemble les pièces d'un puzzle fascinant. Cette narration environnementale récompense la curiosité et donne une épaisseur bienvenue à l'univers, transformant chaque document trouvé en une fenêtre ouverte sur les secrets de la Lune.
commentaire (1)
Ça donne envie. J'avais peur que le gameplay en deux temps au niveau des combats soit trop brouillon, mais ça a l'air d'aller. Hate d'y jouer