Plongée au cœur d'une Sicile aussi magnifique que dangereuse, Mafia: The Old Country signe le retour aux fondamentaux narratifs de la saga. Adieu le bac à sable tentaculaire de Mafia III, bonjour l'expérience cinématographique chapitrée, portée par une mise en scène soignée et des décors à couper le souffle. Mais derrière la carte postale se cache un gameplay parfois daté, et un protagoniste qui peine à s'imposer face à ses pairs.
Mafia: The Old Country arrive 9 ans après un Mafia III qui avait déçu les joueurs, notamment à cause d'un monde ouvert trop grand et d'une narration qui s'est perdue. C'est donc avec entrain que les joueurs ont découvert ce retour aux sources, autant en termes de gameplay que d'histoire. Voici notre avis après avoir parcouru l'histoire, sur PC.
Une immersion totale dans la Sicile du début du XXe siècle
Dès les premières minutes, le jeu nous plonge dans les entrailles suffocantes des mines de soufre, où l'air lourd et chargé de poussière se mêle aux cris étouffés des ouvriers. Le joueur incarne
Enzo Favara, jeune homme condamné à cette existence depuis sa naissance, vendu par son propre père à des contremaîtres sans pitié. L'ambiance est pesante : le cliquetis des pioches, la lueur des lampes à huile, le poids des chaînes… Hangar 13 ne se contente pas de montrer, il nous fait ressentir cette oppression.
La fuite d'Enzo, aidée par un ami proche, est la première grande séquence forte mêlant infiltration et tension dramatique, où chaque bruit peut alerter les gardes. Évidemment tout ne se passe pas comme prévu et notre héros va se mettre dans une situation très compliquée. C'est ici qu'intervient
Don Torrisi, patriarche charismatique à la frontière entre protecteur et stratège politique. Recueilli par ses hommes, Enzo découvre un monde à la fois plus libre et plus dangereux, celui de
la Cosa Nostra en pleine structuration.
Une narration resserrée, héritière des premiers épisodes
Contrairement à Mafia III et son monde ouvert éclaté,
The Old Country revient à une progression linéaire, découpée en chapitres, chacun centré sur une mission aux enjeux précis. Cette structure permet à la narration de garder un rythme constant, sans phases d'errance prolongées, mais aussi de mieux suivre l'histoire en pouvant arrêter sa partie à la fin d'un chapitre, sans perdre le fil.
Très vite, on assiste à
l'intégration progressive d'Enzo dans les affaires de Torrisi. On passe de petites missions de messager ou de négociateur, parfois ponctuées de dialogues savoureux dans les tavernes ou les marchés de San Celeste, à des opérations plus risquées, comme l'élimination discrète d'un rival politique lors d'une fête de village. Ces moments sont souvent l'occasion de découvrir
des pans de la culture sicilienne de l'époque : processions religieuses, marchés colorés, cuisines ouvertes où les nonnas roulent des pâtes fraîches pendant que les hommes discutent de contrats… et de meurtres.
Cette progression graduelle qui faisait le charme des deux premiers épisodes donne au joueur l'impression d'assister à une véritable ascension mafieuse, même si le jeu conserve un cadre très dirigiste. L'illusion de choix existe, mais bien souvent, la mission impose armes, véhicules et même parfois l'itinéraire.
Un casting marquant… sauf le héros
Si Enzo est au cœur du récit,
il reste paradoxalement le maillon faible de la narration. Son passé tragique et sa montée en puissance auraient pu en faire un protagoniste charismatique, mais son écriture manque de nuances.
Là où Tommy Angelo et Vito Scaletta laissaient transparaître fragilité et complexité, Enzo demeure assez monolithique, rarement surprenant dans ses réactions.
Heureusement, les personnages secondaires compensent largement.
Don Torrisi est un chef mafieux fascinant, capable de passer d'un ton paternel à une froide menace en une fraction de seconde. Isabella, figure féminine marquante, alterne entre alliée précieuse et intrigante insaisissable. Luca, bras droit loyal, et Cesare, tueur au sang-froid, renforcent l'impression de graviter autour d'un cercle influent, dangereux, mais soudé. Même des personnages plus modestes, comme Pasquale ou Gaspare, informateur et conteur invétéré, disposent de moments d'écriture qui les rendent mémorables.
Leur présence rend chaque scène vivante. Une simple discussion autour d'un repas devient l'occasion de tensions latentes, de sous-entendus et de menaces voilées, renforçant l'authenticité de cet univers. Et les cinématiques se regardent avec plaisir.
Des mécaniques de combat entre tradition et lourdeurs
Le système de tir reprend les bases de la série, avec un gameplay à couvert qui, bien que fonctionnel, souffre de quelques archaïsmes. L'IA ennemie reste prévisible, par exemple certains adversaires qui se ruent sur votre position, d'autres qui se contentent de se pencher de façon répétitive derrière un muret, attendant leur sort.
Les armes, elles, sont un vrai point fort en termes de sensations. En 1905, oubliez les mitraillettes et fusils d'assaut modernes,
ici, chaque coup de feu est lourd, lent à recharger, et doit être compté. La rareté des munitions pousse à fouiller les corps et à changer d'arme en plein affrontement. Cela renforce parfois la tension, mais peut aussi frustrer dans les séquences les plus longues.
Le combat au couteau, présenté comme une nouveauté majeure, apporte une dimension de duel plus intime, notamment lors de certains affrontements contre des figures importantes. Malheureusement, le système reste simpliste,
esquives et parades sont faciles à maîtriser, et les combats manquent de variété.
Des missions aux tonalités variées
Certaines séquences se démarquent par leur intensité ou leur mise en scène. On pense à une embuscade dans une ferme isolée, où la pluie battante et le tonnerre couvrent le bruit des pas, ou à une infiltration nocturne dans un manoir ennemi, éclairé uniquement par des lampes à huile et les éclairs d'un orage.
À l'inverse, le jeu souffre de moments plus convenus, où l'on enchaîne fusillades et déplacements imposés. Les phases de marche forcée, souvent utilisées pour introduire une cinématique, cassent le rythme et donnent parfois la sensation de « remplissage narratif ».
Un monde magnifique mais trop figé
Visuellement,
la Sicile est un enchantement. Des champs de blé ondulant sous le vent aux villages accrochés aux collines,
chaque décor est une carte postale vivante. Les développeurs ont multiplié les petits détails avec le linge séchant aux fenêtres, les vendeurs criant leurs marchandises, ou encore les vieilles charrettes grinçantes tirées par des mules.
Pourtant,
cette richesse est plus contemplative qu'interactive. Les marchés ne permettent pas de négocier, les habitants restent figés dans des routines scriptées, et les bâtiments ne s'ouvrent que si l'histoire l'exige. L'Explore Mode offre plus de liberté, mais reste dépourvu de véritables activités annexes marquantes.
La conduite et l'équitation, entre charme et maladresse
Les voitures conservent leur maniabilité volontairement capricieuse, signature de la série. Les démarrages à la manivelle sont un détail savoureux, et le risque constant de déraper dans un virage renforce l'immersion. Les chevaux, bien qu'agréables à diriger, héritent d'un rayon de braquage proche de celui des voitures, ce qui peut surprendre.
Ces déplacements, même imparfaits, participent au charme général. Traverser un chemin côtier au lever du soleil, moteur rugissant ou sabots résonnant sur les pierres, reste une expérience marquante, permettant de contempler ces paysages magnifiques.
Une histoire solide, mais sans vraie surprise
Terminons enfin par l'histoire, le point central, et la montée d'Enzo dans la hiérarchie mafieuse qui suit un schéma familier tout naturellement. Missions d'initiation, gain de confiance, premières trahisons, conflits ouverts... du classique dans la saga Mafia et cela fonctionne. Quelques rebondissements apportent leur lot de tension, notamment autour de
la famille Spadaro et d'alliés douteux, mais la trame reste prévisible pour qui connaît les codes du genre, mais pas ennuyante.
L'absence d'évolution marquante du héros et la romance peu convaincante affaiblissent l'impact émotionnel des dernières heures. Même les scènes les plus tragiques peinent à atteindre la puissance narrative de Mafia II, malgré une mise en scène impeccable. Nous restons sur notre faim, mais passons tout de même un bon moment.
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