Après deux épisodes marquants signés Tarsier Studios, la saga Little Nightmares revient entre les mains de Supermassive Games, les créateurs de Until Dawn et The Quarry. Pour la première fois, le cauchemar se partage en coopération en ligne, une promesse alléchante sur le papier. Mais ce troisième opus, disponible depuis le 10 octobre 2025 sur PC, PlayStation 5, Xbox Series X|S, Nintendo Switch 2, PS4 et Xbox One, parvient-il à conserver ce mélange unique de peur, poésie et symbolisme ?
Conditions de test
- Manette utilisée : Thrustmaster HEART CONTROLLER
- Console utilisée : PC / Steam
- Temps de jeu : 6 heures (histoire fini)
Préambule
« Little Nightmares III » est développé par
Supermassive Games et édité par
Bandai Namco Entertainment. Le studio britannique, déjà
reconnu pour ses expériences narratives comme Until Dawn ou The Quarry, reprend ici une licence façonnée à l'origine par Tarsier Studios, avec l'ambition de préserver sa continuité visuelle et son ambiance si singulière.
Ce nouvel opus
conserve l'ADN de la série. On y retrouve une narration muette, une poésie sombre et une direction artistique toujours aussi soignée.
La grande nouveauté réside dans l'introduction de la coopération en ligne. Deux joueurs incarnent
Low et Alone, chacun avec un rôle complémentaire, et doivent s'entraider pour progresser dans cet univers dérangeant.
Afin d'éviter tout spoiler, seules des captures issues du tout début du jeu ou des visuels officiels déjà largement diffusés seront utilisées dans cet article.
Nous avons choisi de tester le jeu exclusivement en multijoueur, sur la version Steam.
C'est d'ailleurs ce parti pris qui justifie un test publié un peu plus tard que ceux de nos confrères. Pour nous, la coopération représente l'élément central de cet opus, impossible à évaluer autrement. Le jeu nous a d'ailleurs prévenus d'une « mauvaise connexion » avant la session, mais cela n'a eu aucun impact réel sur notre expérience.
Un changement de main, mais pas d'âme
Nous ne pouvions pas entamer ce test sans évoquer la passation de flambeau à Supermassive Games.
Bien que le studio dispose de références solides, un changement de main peut toujours susciter l'inquiétude, en particulier lorsqu'il s'agit d'une licence aussi marquée que
Little Nightmares. Pourtant, dès les premières minutes, les doutes s'estompent.
L'identité visuelle et narrative de la série est intacte. On retrouve cette ambiance oppressante si particulière, faite de silhouettes difformes, de lumières vacillantes et d'environnements à la fois sublimes et dérangeants. Supermassive a su capter l'essence même de la licence : une narration muette, transmise par les décors, les sons et
les expressions silencieuses des protagonistes.
Le joueur incarne Low et Alone, deux enfants pris au piège de la Spirale, un monde illusoire où les cauchemars prennent vie. Fidèle à son héritage,
Little Nightmares III n'a pas besoin d'en dire plus. Les décors parlent d'eux-mêmes, et parfois, c'est dans le silence que naît la plus grande inquiétude.
Une coopération qui divise
La grande nouveauté de ce troisième épisode repose sur l'introduction de la coopération en ligne. Low utilise un arc, Alone une clé à molette, et leurs compétences complémentaires servent de base aux différentes énigmes. Cette asymétrie crée une vraie dynamique de gameplay, bien que l'équilibre ne soit pas toujours parfaitement respecté.
Certaines séquences laissent un joueur davantage en retrait, ce qui crée une légère inégalité dans l'implication.
Le choix de proposer uniquement de la coop en ligne, sans mode local, s'explique par la volonté des développeurs de permettre aux deux personnages de se séparer à certains moments. Cela nécessite un contrôle indépendant de l'écran pour chacun. Néanmoins, on regrette que cette contrainte technique n'ait pas été davantage exploitée pour renforcer l'impact de ces séparations. Les jeux d'Hazelight Studios, comme It Take Two, montrent qu'
il est possible de sublimer la complémentarité de gameplay tout en conservant une vraie expérience partagée. Ici, l'absence de coopération locale prive le jeu d'un potentiel affectif fort, surtout dans un univers aussi immersif.
Jouer en solo accentue ces limites. Lorsque l'intelligence artificielle prend le relais,
elle montre rapidement ses faiblesses. Entre lenteurs, imprécisions et décisions parfois incohérentes, l'expérience perd en fluidité et peut briser l'immersion. Supermassive mettait en avant un équilibre entre tension et entraide, mais dans la pratique, certaines séquences manquent de rythme et peinent à instaurer un vrai lien entre les deux protagonistes.
Une ambiance toujours magistrale
Comme évoqué en préambule, il est difficile de nier que
Little Nightmares III est une véritable réussite sur le plan artistique. Dès les premières secondes, que vous soyez familier de la série ou simple curieux, le jeu vous immerge sans détour dans son univers. Fidèle à ses racines, il vous laisse livré à vous-même, sans indication, et c'est précisément ce choix qui renforce son ambiance unique.
Les décors sont superbes, le cel-shading est appliqué avec une minutie remarquable, et
la lumière occupe une place centrale dans la construction des environnements. Chaque zone possède sa propre identité visuelle. Même les plus lumineuses parviennent à faire naître un sentiment d'inquiétude, voire d'insécurité. C'est cette dualité visuelle qui fait toute la force de la direction artistique.
L'univers sonore est tout aussi maîtrisé.
Il s'adapte aux mouvements du joueur comme à ceux des ennemis. Il peut vous alerter d'un danger à proximité ou vous donner des indices sur la situation de votre coéquipier, même lorsque vous êtes séparés. Les craquements du sol, les respirations à peine audibles et la musique subtile participent à créer une tension constante, sans jamais en faire trop.
Sur ce point, Supermassive réussit à reproduire ce malaise si particulier, ce mélange de fascination et d'effroi propre à la série. Une sensation que peu de jeux parviennent à susciter avec autant de justesse.
Malheureusement,
cette harmonie se retrouve parfois entachée par la rigidité du gameplay. Certaines phases, notamment les courses-poursuites ou les moments de panique, perdent en intensité à cause d'un manque de précision dans les déplacements. Il arrive de heurter son partenaire ou de mal négocier un virage crucial, ce qui transforme la tension voulue en frustration.
Un gameplay solide mais figé
Dans son approche, Little Nightmares III reste fidèle à ses fondamentaux. On y retrouve des énigmes environnementales, de l'infiltration et des séquences d'évasion,
toujours portées par une mise en scène soignée. Mais malgré quelques ajustements liés à la coopération, les mécaniques évoluent peu.
La lourdeur des déplacements, déjà critiquée dans les précédents opus, est toujours présente.
Elle devient d'autant plus problématique dans les phases d'action plus exigeantes, où la précision des sauts est mise à rude épreuve. Le manque de lisibilité spatiale vient parfois aggraver la situation, rendant certains passages inutilement frustrants.
Il n'est pas rare de devoir recommencer à
plusieurs reprises des séquences qui reposent uniquement sur un bon timing que l'on peut facilement nommé comme « millimétré ». Et avec la coopération, certains enchaînements peuvent se déclencher de manière désynchronisée, ajoutant un désordre qui casse le rythme.
Un paradoxe se dessine alors. Les personnages, petits et fragiles, sont censés renforcer le sentiment de vulnérabilité, mais
leur mobilité mal calibrée accentue surtout un sentiment de maladresse. Lorsqu'on peine à se repérer dans l'espace ou à analyser rapidement son environnement, il devient facile de tourner en rond, faute de feedback clair.
Pour les boss, le sentiment reste globalement identique, ils s'apparentent bien plus à des patterns à retenir et presque impossible d'anticiper les mouvements ou actions. La peur naissante, omniprésente dans les premiers opus, n'est pas aussi impactante ici malgré l'ambiance et l'univers.
Pour autant, l'expérience reste globalement positive. Le duo de test était composé d'un néophyte découvrant la licence avec cet opus, et d'un joueur familier des précédents épisodes.
Tous deux ont apprécié leur session, chacun à leur manière. Une preuve, une fois encore, que malgré ses faiblesses,
Little Nightmares III conserve une base solide et une proposition qui continue de parler à un large public.
Une narration trop cryptique
L'un des points forts de la licence a toujours été sa capacité à questionner le joueur en s'appuyant sur un univers symbolique fort,
mêlant critique sociale à peine voilée et narration environnementale. Chaque opus cultivait un flou maîtrisé, laissant filtrer quelques bribes d'informations à travers des scènes marquantes et des silences pesants. Jusqu'ici, cette approche fonctionnait à merveille.
Dans ce troisième épisode, cette volonté d'entretenir le mystère est poussée à l'extrême.
L'histoire, volontairement vague, peine à offrir des repères concrets. On avance, on observe, on devine, mais trop rarement on comprend. Le jeu encourage l'interprétation, mais oublie parfois d'ancrer suffisamment le joueur dans son récit.
Certaines séquences marquent par leur mise en scène ou par l'apparition de figures cauchemardesques puissantes,
mais l'absence de révélations tangibles finit par créer une distance. L'univers continue de fasciner, mais le lien émotionnel avec les personnages se délite. On termine l'aventure intrigué, mais sans véritable impact émotionnel.
Cette impression est accentuée par une structure de jeu assez répétitive.
Chaque niveau suit une construction relativement similaire, alternant entre exploration, séquences dans des conduits, moments de recherche et confrontation avec un boss. L'ordre peut varier, mais la logique reste globalement la même, ce qui finit par entamer légèrement la surprise et l'intensité que l'on attendait.
Une aventure courte mais marquante
Comptez environ
5 à 6 heures pour boucler l'aventure. C'est court, mais l'expérience est pensée pour être intense, presque comme un cauchemar que l'on traverse d'une traite. Chaque environnement, chaque son, chaque ombre participe à une narration visuelle qui reste exemplaire. Sans surprises, la rejouabilité reste limitée, en cause la progression linéaire et les secrets peu nombreux.
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