« Une peste virulente », le cocréateur de Dragon Age fustige l'usage de l'intelligence artificielle

Corentin Rimbert Publié par Corentin Rimbert
le 02 juillet 2026 à 12h19
David Gaider, figure historique de BioWare et cocréateur de la saga Dragon Age, a vivement critiqué l'usage de l'intelligence artificielle dans le développement de jeux vidéo. Selon lui, cette technologie menace l'apprentissage des jeunes développeurs et soulève de graves problèmes éthiques et techniques.
« Une peste virulente », le cocréateur de Dragon Age fustige l'usage de l'intelligence artificielle

L'industrie du jeu vidéo traverse une période de bouleversements majeurs, notamment avec l'émergence de l'intelligence artificielle générative. Si certains studios y voient une opportunité d'optimiser leurs coûts, des voix influentes s'élèvent pour dénoncer une dérive dangereuse. David Gaider, ancien scénariste de BioWare ayant travaillé sur Dragon Age: Origins et Dragon Age: Inquisition jusqu'en 2016, n'a pas mâché ses mots lors d'un entretien avec GamesRadar. Interrogé sur l'intégration de ces nouveaux outils, il a dressé un portrait particulièrement sombre de leur impact sur le processus créatif et la formation des équipes.

Un obstacle à l'apprentissage des jeunes développeurs

Le principal argument de David Gaider repose sur la transmission du savoir-faire. Historiquement, les tâches répétitives ou fastidieuses sont confiées aux développeurs débutants. Bien que souvent perçues comme ingrates, ces missions sont cruciales pour comprendre les rouages complexes de la création vidéoludique. En déléguant ces travaux à des machines, l'industrie risque de briser cette chaîne d'apprentissage essentielle.

Honnêtement, en quoi cela aide-t-il ? Cela rend-il le travail plus efficace ? Cela l'améliore-t-il ? Ce ne serait pas si grave si l'intelligence artificielle générative était perçue comme un assistant, s'occupant des corvées pour laisser les tâches importantes aux humains, mais nous voyons de plus en plus l'inverse.

L'ancien cadre de BioWare souligne une tendance inquiétante où la machine effectue le travail principal tandis que l'humain est relégué au rôle de correcteur. Selon son expérience de concepteur narratif, retravailler un produit de qualité inférieure prend généralement plus de temps que de le créer de zéro, avec un résultat final qui dépasse rarement la médiocrité. Il s'interroge ouvertement sur la manière dont la prochaine génération de créateurs pourra se former si toutes les missions d'entrée de gamme disparaissent.

Le mirage de la programmation par l'intelligence artificielle

Cette critique s'étend également au domaine de la programmation et à la nouvelle mode consistant à décrire une vision en langage naturel pour que l'outil génère le code correspondant. David Gaider pointe du doigt l'incapacité de ces modèles à itérer correctement. Il est en effet impossible de demander des ajustements mineurs tout en conservant un résultat cohérent, ce qui rend l'exercice extrêmement frustrant pour des projets d'envergure.

Comment peut-on corriger des bugs avec cette méthode ? Quel est l'intérêt de créer des prototypes si personne dans l'équipe n'a rien appris sur la façon de concevoir le produit final ?

Il dénonce également la création de concepts artistiques qu'il juge sans âme, remplis d'erreurs et impossibles à reproduire par de véritables artistes. Le danger ultime réside dans l'intégration de systèmes dont aucun membre de l'équipe ne comprend réellement le fonctionnement.

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Une urgence de régulation face à une menace grandissante

Au-delà des aspects purement techniques, le cocréateur de Dragon Age rappelle les problèmes juridiques et éthiques liés à l'entraînement des modèles sur des œuvres protégées par le droit d'auteur. Face à l'engouement des dirigeants de studios qui voient en cette technologie une source de main-d'œuvre à bas coût, sa conclusion est sans appel.

Miniature vidéo

Tant qu'une régulation stricte ne garantira pas l'utilisation exclusive de données obtenues légalement, et tant que les décideurs n'auront pas compris les limites réelles de ces outils, il estime qu'il faut rejeter cette technologie en bloc. David Gaider conclut son intervention en affirmant que cette méthode de développement devrait être traitée « comme la peste virulente qu'elle est », afin de protéger l'artisanat et l'avenir de l'industrie vidéoludique.

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