L'Arabie saoudite s'empare de 93% d'Electronic Arts dans une opération controversée

Florian Lelong Publié par Florian Lelong
le 03 décembre 2025 à 09h45
Le rachat d'Electronic Arts révèle une réalité inattendue : l'Arabie saoudite détiendra 93 % de l'éditeur une fois l'accord scellé. Malgré l'apparence d'un consortium, le Fonds public d'investissement prend le contrôle quasi total. Une opération financée par la dette qui menace l'avenir des studios.
L'Arabie saoudite s'empare de 93% d'Electronic Arts dans une opération controversée
Lorsque la poussière retombera sur le rachat par effet de levier de 55 milliards de dollars d'Electronic Arts, l'Arabie saoudite émergera comme son unique véritable propriétaire. C'est ce que révèlent des documents déposés auprès du régulateur antitrust brésilien. Contrairement à l'image d'un « consortium » d'investisseurs incluant Jared Kushner, le gendre de Donald Trump, le Fonds public d'investissement (PIF) saoudien contrôlera en réalité 93 % de l'entreprise. Cette domination écrasante renverse la dynamique habituelle de ce type de transactions, où les fonds souverains jouent généralement les seconds rôles derrière les sociétés de capital-investissement.

Une domination financière absolue

Les participations des autres partenaires annoncés, Silver Lake et Affinity, seront respectivement de 5,5 % et 1,1 %. La présence de ces entités semble purement symbolique, servant peut-être à faciliter l'acceptation politique d'une prise de contrôle étrangère sur un géant culturel américain. Il est d'ailleurs notable que ces deux firmes reçoivent elles-mêmes des fonds d'investissement en provenance d'Arabie saoudite. Le PIF ne se contente pas de participer ; il absorbe littéralement l'éditeur de Battlefield 6, des Sims ou encore de EA Sports FC. Les implications sont colossales, car cela soulève la question de la compétence du Royaume à diriger le plus grand éditeur de jeux vidéo des États-Unis.
Alors que des centaines d'employés de l'entreprise derrière Madden, EA Sports FC et Apex Legends pourraient se retrouver sans emploi, les banquiers de Wall Street ne seront pas impactés. Goldman Sachs devrait empocher 110 millions de dollars pour avoir conseillé la transaction.

Des craintes légitimes pour l'emploi et les studios

La santé financière de l'Arabie saoudite, bien que colossale, a montré des signes de fragilité ces dernières années, le PIF s'étant retiré de plusieurs autres entreprises américaines. Pour boucler ce rachat d'EA, le fonds s'appuie sur 20 milliards de dollars de prêts. Cette dette à taux d'intérêt élevé devra être remboursée, ce qui place l'éditeur dans une position délicate. Deux scénarios se dessinent : soit une révolution par l'intelligence artificielle génère des profits immédiats, soit, plus probablement, l'entreprise devra faire face à des coupes budgétaires drastiques et à la vente de certains studios.

Les actionnaires d'EA voteront sur cette offre généreuse plus tard ce mois-ci, avec une clôture prévue pour la mi-2026. Si l'opération enrichit les actionnaires et les banquiers conseils, l'avenir des développeurs semble bien plus sombre. La nécessité de rentabiliser rapidement un tel investissement, couplée aux méthodes de gestion parfois brutales observées dans les rachats par LBO, laisse présager une période de turbulences pour les créateurs de nos jeux favoris.

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