Kirby Air Riders remet au goût du jour l'une des idées les plus atypiques de la licence. Sur Switch 2, le concept gagne en fluidité, en contenu et en vitesse, avec l'ambition de séduire aussi bien les nostalgiques que les nouveaux joueurs.
Conditions de test
- Manette utilisée : Manette Pro sans-fil officielle Nintendo Switch 2
- Console utilisée : Nintendo Switch 2
- Temps de jeu : Environ 10 h (modes principaux, Road Trip, City Trial et parties en multi hors en ligne)
Préambule
Il est important de préciser d'emblée que c'est notre premier contact avec la formule Air Ride. Nous n'avons pas pratiqué les épisodes précédents, ce qui rend délicat tout comparatif direct avec le jeu GameCube d'origine.
Kirby Air Riders est donc approché comme un nouvel épisode de course arcade sur Switch 2, sans filtre nostalgique, avec le regard d'un joueur qui découvre le concept.
Sur le papier, Nintendo et les équipes en charge du projet souhaitent reprendre l'idée d'un jeu de course ultra accessible, centré sur la vitesse pure, la prise en main immédiate et les pouvoirs de Kirby,
le tout dans un écrin moderne pensé pour la Switch 2. Courses rapides, modes variés, multijoueur local et en ligne, structure arcade et progression par déblocage d'éléments cosmétiques et de véhicules, la promesse est claire, proposer un titre facile à lancer, à picorer et à partager.
Un gameplay arcade exigeant derrière son accessibilité
La première impression est très positive. Kirby Air Riders mise sur une prise en main ultra simple, avec très peu de touches à mémoriser et une accélération gérée automatiquement. On tourne, on dérape, on déclenche ses capacités et on laisse le jeu propulser le véhicule en permanence. Sur le moment, cela donne vraiment le sentiment d'un titre pensé pour être accueillant, jouable par tout le monde en quelques minutes.
En jouant plus longtemps, cette accessibilité révèle pourtant ses limites. Le fait de ne pas gérer soi-même l'accélération finit par devenir un vrai problème dans la gestion des trajectoires. Dans un jeu où chaque virage, chaque ligne droite et chaque boost compte, ne pas pouvoir doser la vitesse rend certains ajustements difficiles. C'est d'autant plus vrai que le
boost sert également de frein. Une pression mal anticipée peut stopper le véhicule là où l'on pensait relancer l'allure, ce qui génère une frustration récurrente, surtout dans les derniers mètres d'une course serrée.
Le même constat s'applique à l'aspiration des ennemis. Mécaniquement, le principe colle parfaitement à l'ADN de Kirby. Avaler un adversaire ou un projectile pour récupérer un pouvoir reste satisfaisant. Pourtant, un mauvais timing se paie cher, puisqu'il provoque là encore un ralentissement brutal, qui casse la dynamique de la course et fait perdre une progression parfois difficilement acquise.
Le système de toupie, déclenché en effectuant un mouvement gauche droite avec le joystick, illustre bien cette dualité. L'idée est amusante, l'animation réussie et l'impact visuel convaincant. En revanche, l'exécution manque souvent de précision. Dans la pratique, ce geste demandé sur le stick s'avère plus capricieux qu'une simple touche dédiée. On ressent régulièrement que cette action aurait gagné à être plus directe pour accompagner le rythme élevé des courses.
Heureusement, Kirby Air Riders sait aussi jouer sur ses forces. Les tracés sont
très courts et extrêmement rapides, ce qui impose un rythme nerveux plaisant. Le jeu ne laisse jamais vraiment le temps de souffler, on enchaîne les virages, les sauts et les collisions dans une boucle qui fonctionne bien en sessions courtes. À cela s'ajoute une
grande diversité de personnages et de véhicules, chacun doté de caractéristiques propres, vitesse, maniabilité, résistance, capacité à planer, qui encouragent l'expérimentation et la rejouabilité.
Cette richesse a cependant un revers. Un joueur qui se lance simplement « pour le fun » constatera très vite l'écart entre un Kirby sur Étoile standard, globalement équilibré, et des machines bien plus extrêmes qui profitent de boosts nettement plus puissants ou d'une capacité à voler sur de longues distances. Le jeu permet donc de se fabriquer un style de pilotage très personnel,
mais crée aussi une forme de déséquilibre, surtout lorsque l'on découvre les circuits face à des joueurs qui maîtrisent déjà les meilleures combinaisons.
Enfin, il faut mentionner la présence d'un
capteur de collision dans l'ensemble des modes. Celui ci affiche un marqueur lorsque votre trajectoire va vous envoyer droit dans un mur ou un obstacle. L'intention est louable et peut aider à anticiper certaines erreurs, mais en pratique, l'indication arrive souvent trop tard pour corriger efficacement sa ligne, surtout à pleine vitesse.
Road Trip, une campagne solo intéressante mais redondante
Au-delà des courses classiques, Kirby Air Riders propose un mode solo baptisé
Road Trip, pensé comme une sorte de campagne progressive. On y enchaîne des courses tout en faisant évoluer les
statistiques de son personnage, en récupérant des bonus et en choisissant régulièrement entre plusieurs embranchements ou objectifs.
Sur le papier, le concept est séduisant. Road Trip offre une progression plus structurée, une montée en puissance et un cadre clair pour découvrir véhicules et circuits. Dans les faits, le mode souffre pourtant d'un rythme
trop lent. Les courses restent rapides et dynamiques, mais les phases intermédiaires, mises en scène sur une route où l'on choisit sa direction, demeurent
très anecdotiques. On sélectionne une option, on récupère un bonus, puis on repart aussitôt en course, sans véritable relief.
Le système d'évolution permet bien de renforcer son Kirby au fil des étapes, mais la structure globale finit par paraître
redondante. Les objectifs se ressemblent, les situations peinent à se renouveler et l'on a rapidement l'impression de cocher une liste de tâches plutôt que de vivre une aventure marquante. Road Trip reste une bonne porte d'entrée pour apprivoiser le jeu, mais ne suffit pas à lui donner une véritable colonne vertébrale solo.
Une structure de jeu sans véritable cap
Kirby Air Riders multiplie les activités, mais manque d'un vrai fil conducteur. Le cœur de la progression repose sur une grande mosaïque composée de cases à débloquer, chacune associée à des missions spécifiques, gagner avec un certain personnage, utiliser un type de véhicule, réussir un objectif sur une carte donnée. En remplissant ces conditions, on débloque de nouveaux éléments de personnalisation, des personnages additionnels ou de nouvelles machines.
Sur le principe, cette mosaïque fonctionne comme un carnet de défis qui pousse à varier les styles de jeu. Dans les faits,
elle peine à créer une motivation durable. Les récompenses sont parfois intéressantes, mais l'ensemble ne donne pas vraiment la sensation d'avancer vers un but clair. On coche des cases, on obtient des éléments, puis on retourne sur les mêmes circuits sans que la structure générale ne se transforme ou ne se renforce.
Le garage, qui permet de mettre en avant ses véhicules et ses créations, illustre la même limite. L'idée de pouvoir admirer ses machines et les regrouper visuellement est plaisante,
mais le système reste globalement fermé. Impossible de publier librement ses créations ou de les partager en ligne de manière vraiment naturelle, ce qui réduit ce garage à un espace surtout contemplatif, alors qu'il aurait pu devenir un pilier social du jeu.
Autour de cette ossature, Kirby Air Riders propose une série d'options annexes, boutique de composants à acheter avec les pièces obtenues en jouant, paramétrages supplémentaires, réglages et variantes de modes.
On sent une volonté d'offrir un nombre important d'activités, mais la cohérence globale manque. On a souvent l'impression d'effleurer des idées intéressantes sans qu'elles soient vraiment poussées jusqu'au bout.
City Trial, un grand terrain de jeu amusant mais vite limité
C'est particulièrement vrai pour le mode
City Trial, sans doute l'un des plus intrigants sur le papier. Ici, le jeu nous lâche dans une grande carte ouverte, où l'on peut jouer en solo, en coop locale avec des amis ou accompagné d'ordinateurs. Le principe est simple, tout le monde se bat en même temps dans une sorte de gigantesque mêlée motorisée, en récupérant des
améliorations qui font évoluer les statistiques de son véhicule, vitesse, dégâts, accélération, maniabilité, et en remplissant au passage quelques
objectifs ponctuels.
Les premières parties sont franchement plaisantes. On fonce à toute allure, on percute d'autres joueurs, on récupère des bonus, on teste des machines différentes, et le chaos global a un vrai charme. Mais après quelques sessions, City Trial révèle ses limites. L'action devient rapidement très désordonnée, au point de donner l'impression de
taper un peu tout le monde sans trop savoir où l'on va. La carte, pourtant vaste, manque de points d'intérêt suffisamment marqués pour structurer les affrontements et guider le regard.
Surtout, le mode souffre d'un manque de
véritable finalité. En dehors de l'objectif classique d'être premier ou de réussir un défi ponctuel, City Trial ne propose ni progression dédiée, ni enjeu long terme. On s'y amuse une ou deux fois, on sourit devant le chaos généré, puis on retourne assez vite aux autres modes. C'est un complément amusant, mais qui peine à s'imposer comme un pilier central de l'expérience.
Des modes pensés pour le multi local et en ligne
Même si Kirby Air Riders peut se pratiquer en solo, tout dans sa construction laisse comprendre qu'il a été conçu pour le multijoueur. On y retrouve en premier lieu l'aspect « Super Smash Bros » et arcade de l'annonce des joueurs/personnages, mais également des runs. Les courses classiques acceptent plusieurs joueurs en écran partagé, avec une lisibilité globalement maîtrisée malgré les effets lumineux, les pouvoirs qui s'enchaînent et la vitesse générale du jeu. En local, on obtient facilement un jeu de soirée agréable, surtout pour des sessions courtes où l'on enchaîne quelques circuits.
Le mode en vue du dessus fonctionne presque comme un party game parallèle. Les tracés plus compacts, les situations parfois absurdes et la manière dont les collisions s'enchaînent en font
un bon candidat pour des parties détendues entre amis. On ressent toutefois qu'il s'agit d'un complément, et non du cœur de l'expérience, ce qui limite son impact sur l'ensemble du titre.
Notez que s'il nous était possible de tester le mode en ligne, nous ne l'avons pas fait. Ceci étant, il se peut que le titre prenne une toute autre dimension. Les forces et les faiblesses du système devraient ressortir encore plus nettement et la diversité des véhicules et des builds est en mesure de créer des situations atypiques voire spectaculaires.
En ce sens,
Kirby Air Riders peut même devenir un titre compétitif, un peu comme du TrackMania, où chacun chercherait à optimiser sa run et son perso au maximum avant de se confronter aux autres « builds » joueurs. Le jeu devient alors un terrain d'expression pour ceux qui acceptent de s'investir dans l'optimisation, mais
laisse les profils plus occasionnels un peu sur le bord de la route.
Technique et ambitions Switch 2
Sur le plan visuel, Kirby Air Riders fait très bonne impression. La direction artistique est soignée, les couleurs éclatantes et la lisibilité remarquable, même au cœur de l'action.
Le jeu affiche une identité très marquée, fidèle à la licence Kirby, tout en profitant des capacités de la Switch 2 pour densifier les environnements et enrichir les effets de lumière.
Les circuits gagnent en relief et en profondeur, avec des éléments de décor nombreux,
des variations de terrain et des effets visuels qui accompagnent bien la sensation de vitesse. Malgré cette richesse, l'écran reste clair, les trajectoires et les zones à risque restent compréhensibles, ce qui est essentiel dans un jeu où l'on se déplace constamment à grande allure.
La stabilité de l'affichage joue un rôle central dans le ressenti global. Kirby Air Riders se montre fluide, même lorsque plusieurs véhicules déclenchent leurs pouvoirs en même temps et que l'écran se remplit d'effets. Cette constance renforce vraiment le plaisir de pilotage, car elle permet de se concentrer sur les trajectoires plutôt que sur les chutes de performances.
Côté audio, les musiques accompagnent parfaitement l'ambiance générale, entre thèmes énergiques et mélodies plus douces.
Elles renforcent le côté joyeux et coloré de l'univers, tout en soutenant le rythme soutenu des courses.
Une accessibilité exemplaire qui montre parfois ses limites
Fidèle à l'esprit de la série, Kirby Air Riders cherche clairement à rester
accueillant. Les commandes sont épurées, l'accélération automatique simplifie la prise en main, et quelques courses suffisent pour comprendre les bases. C'est un vrai point fort pour les joueurs peu habitués aux jeux de course ou pour des parties familiales improvisées.
Mais cette même accessibilité révèle aussi certaines faiblesses. L'impossibilité de gérer soi-même l'accélération, le boost qui sert aussi de frein, les actions associées à des gestes parfois imprécis sur le joystick et un capteur de collision trop tardif créent une série de petites frustrations. On ressent régulièrement que le jeu aurait gagné à proposer
plus d'options de contrôle, afin de mieux concilier plaisir immédiat et maîtrise à long terme.
Un retour aussi grisant que frustrant
Au final, Kirby Air Riders propose une expérience de course arcade à la fois
charmante et
paradoxale. Le titre brille par sa direction artistique, sa fluidité, sa sensation de vitesse et son accessibilité. On prend facilement plaisir à lancer quelques parties, à tester de nouveaux véhicules, à profiter du chaos de City Trial ou à enchaîner des courses rapides entre amis.
Dans le même temps, ses limites apparaissent assez vite. Une progression floue, des modes qui manquent de liant, un Road Trip redondant, un City Trial amusant mais vite épuisé et des déséquilibres marqués entre les véhicules empêchent Kirby Air Riders de s'imposer comme un incontournable de la Switch 2. Reste un jeu agréable à picorer, idéal pour des sessions courtes et du multijoueur décontracté, mais qui laisse une légère impression de potentiel sous-exploité.
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